| Juillet 2008 | ||||||||||
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« Se souvenir, se mouvoir, se toucher. Adopter des attitudes. Se dévêtir, se faire face, déraper sur le corps de l’autre. Chercher ce qui est perdu, proximité. Ne savoir que faire pour se plaire. (…) Reproduire ce qu’on a vu. S’en tenir à des modèles. Vouloir devenir un. Etre dépris. S'enlacer. Aller vers l’autre. Se sentir. Danser. Protéger. Mettre de côté les obstacles. Donner aux gens de l’espace. Aimer.»
extrait de "Pina Bausch, une histoire du théâtre dansé" de Raimund Hoghe.


aux fenêtres éclairées puis la coupole de Mains d'Oeuvres se détachant
dans la nuit comme un tableau d'E.Hooper. Je rentre et distille ce
moment d'impatience dans cette salle si belle : bougies sur les tables,
abat-jour métalliques coupant la lumière pour laisser la place à l'ombre
qui bientôt nous accueillera sur le plateau de danse. Un temps pour
siroter un café et s'habituer à ceux avec qui on partagera le spectacle.
Je repère un essaim rieur d'adolescentes.
Voilà, nous y sommes, serrés sur les gradins qui surplombent l'arène de
lumière ou Pascal Giordano nous offrira ce Sawa Sawa qu'il a enfanté
pendant de longs mois dans cet espace dédié aux artistes après avoir été
le centre social des usines Valeo.
Quelques notes de piano éveillant un corps chrysalide, là-bas, enfoui
dans l'ombre.
Si je devais donner un nom à ce qui s'éveille sous mes yeux et dans mes
oreilles, j'écrirai : l'empreinte du vent.
Cézanne m'avait appris l'épaisseur de l'air et comment il s'adossait à
la chair de ses paysages, Pascal Giordano m'apprend l'enfouissement dans
l'air, le combat contre le vent, avec de grands jets d'incroyables
lumières et couleurs qui semblent nées de ses mouvements.Sébastien
Berteau et Claudio Cavallari, ses deux complices épousent les vibrations
de ce corps dont seuls les bras et le visage émergent d'un souple
vêtement noir.
L'HOMME BAIGNE DANS LA LUMIERE, DANS LA MUSIQUE, HALETE ET SE TORD.
L'air devient eau, l'homme devient poisson, oiseau, tronc, branches,
bourgeons, racines et terre. Il devient le lien entre les étoiles et le
vent. Il tâtonne, titube, tombe et se relève. "Il est possédé" dira une
très jeune fille assise devant moi. "Il est ivre" dira une autre. Elles
ont tout compris de cette osmose parfaite de ce danseur et de sa folie
de danser. Il se déroule, se ramasse, se pend de tout son poids à sa
main cueillant un souffle de vent, offerte au bout de son bras devenu
branche. Il jaillit, nous arrachant à notre pesanteur de terreux, de
glaiseux, expiant une douleur venu comme un sanglot du bout du monde.
La scène est devenu un espace pictural plein de mouvements. Puis il
s'absente, avalé par la nuit comme Icare qui a voulu prendre les ailes
de l'oiseau...
Merci Pascal ! Merci Mains-d'Oeuvres !
Christiane