Les
présentent à Mains d'Œuvres, la dernière création de notre artiste sociée,
Cindy Van Acker :
KERNEL
© Isabelle Meister
Pour cette pièce, Cindy Van Acker explore une dimension jusqu'ici peu présente dans son travail : la verticalité. Déchirant le plan
horizontal sur lequel se déplacent habituellement ses figures en devenir, elle fait surgir trois corps à la verticale. Une fois ouvert, l'espace ne se referme pas...
Il est utilisé dans toutes ses dimensions, toutes ses possibilités de transformation - du sol jusqu’aux murs. Avec la volonté assumée « d'exploser l'espace, les murs, le plafond, le sol pour
travailler dans l'illusion de l'infini », elle construit un espace mental sans séparation. L'ensemble des points de la chorégraphie se recomposent sans cesse : changements de rythme, de
perspectives, entraînant le public dans un vaste mouvement migratoire.
Danseuses, son, spectateurs, tout circule sur la grande carte des territoires à découvrir – rayonnant à partir du noyau, le kernel. Ce noyau - centre spatial et conceptuel de la pièce - est
lui-même multiple : repère des corps et du regard, il peut être compris selon différentes acceptations - physiques, biologiques, informatiques... Le kernel, en cybernétique, c'est ce qui permet de
mettre en communication les différents composants. Suivant cette interprétation, on peut se demander : comment ça circule, comment ça se met en relation ? Comment ça communique entre les corps
?
Comme des balises, les danseuses envoient des signes, des codes à décrypter. Un système d'entrées et de sorties s’organise, qui dessine un paysage aux multiples points de vue. Comme sur une carte à
échelle réelle, l'ensemble ne se laisse entrevoir que par fragments : le regard découvre une ombre seule, suit des croisements, des éparpillements, des moments de réunion. Entre les corps et le
noyau, une logique évolutive se déploie, une liaison flottante qui peut évoquer une carte du ciel, rythmée par autant de constellations éphémères et changeantes, un grand circuit imprimé où
l'information circule et se recombine sans cesse, dans l'espace en déploiement.
(extraits du programme des Rencontres)
© Isabelle Meister
En 2005, Cindy Van Acker créait Pneuma, une chorégraphie pour huit danseurs: qualité de mouvement rare, sens de l’espace qui
venait vous émouvoir le corps et la tête, minimalisme capable de donner le vertige. Pneuma, avec sa lenteur et ses corps rivés au sol, c’était une sorte de point d’orgue aux trois solos créés
depuis 2002.
Aujourd’hui, deux ans plus tard, c’est Kernel. Et il y a du changement dans l’air. Bien sûr, la sensualité du mouvement reste: cette caractéristique singulière qui fait que n’importe quel
mouvement de la chorégraphe et danseuse touche cette dimension si difficile à appréhender qu’est l’espace. Et comme dans Pneuma, elle a réussi à contaminer ses danseuses qui ont attrapé à leur tour
cette qualité. Mais. Il y a donc du changement. Car Cindy Van Acker et ses deux interprètes sont debout. « Depuis des années, j’essaie de me mettre debout. Enfin, j’y réussis.» Elle avoue sa
crainte de la verticalité, comme une appréhension à déchirer l’espace. À la verticale, les trois danseuses se meuvent avec toute la douceur, la finesse et la précision du monde. A trois, elles
forment un triangle, chacune à son sommet, suivant l’angle que le spectateur-visiteur décide. La distance entre elles est parfaite. Très fortement en relation les unes avec les autres, elles
restent pourtant autonomes. Libres. Elles se répondent tout en continuant leur ligne. Entre ces trois, se jouent ce qu’on peut rêver de mieux entre les êtres humains: de la complicité, du respect,
du jeu, de l’indépendance. Petits
regards, légers sourires, concentration, elles se copient, se motivent, se relancent, légèrement décalées, mais en symbiose. C’est un choeur de femmes.
Deuxième nouveauté, le rythme peut s’interrompre, s’arrêter, s’emballer. Lenteur. Et puis, si la partition peut être très écrite, absolument minutieuse, elle joue aussi avec une valeur moins
réglée, plus ronde. L’étonnante intimité qui se dégage du mouvement demeure. Même quand le battement enfle, devient bruit, grondement. Parce que la composition sonore n’hésite pas. On est dans
l’industriel, le chantier, le champ de guerre, les pluies torrentielles,
le très urbain. Mais également le silence ou le calme. Tarkovski n’est pas loin. La relation qui se trame entre la détermination silencieuse des trois femmes et le bidouilleur sonore est,
peut-être, universelle, parce que contradictoire, paradoxale et têtue. Ici mains, poignets,
nuques et bras s’en oulent. Là, les corps font des dessins dans l’espace donnant un sentiment d’immensité grâce aux bras ou aux jambes qui lancent des lignes de fuite vers l’infini.
Plus loin, un étrange monstre organique à six membres, mi bête, mi machine. Toujours, cette grâce, cette grâce infinie.
Caroline Coutau
© Isabelle Meister
Chorégraphie • Cindy Van Acker
Environnement sonore • Mika Vainio (live sur scène)
Lumières • Luc Gendroz
Ingénieur son • Denis Rollet
Programmation • Philip May
Costumes • Aline Courvoisier
Scénographie • Marie Szersnovicz
Interprètes Tamara Bacci, Perrine Valli, Cindy Van Acker
Voir :
KERNEL
samedi 24 mai à 18 heures
dimanche 25 mai à 16 heures
réservations au 01 55 82 08 01
places pour les habitants du département 93 en vente à Mains d'Œuvres
tarifs 16 et 11 euros
Forfait 6 places : 60 € (à partir de 6 places achetées, bénéficiez d’un tarif réduit à 10€ la place pendant toute la durée des Rencontres chorégraphiques)
Forfait 10 places : 80 € (à partir de 10 places achetées, bénéficiez d’un tarif réduit à 8€ la place pendant toute la durée des Rencontres chorégraphiques)
tout le programme des Rencontres sur www.rencontreschoregraphiques.com/2008/
Lire aussi sur ce blog:
Cindy Van Acker, de retour...
Cindy Van Acker, un temps suisse...
par Mains d'Oeuvres
publié dans :
Nous avons aimé...
0
recommander
Voir tous les articles
Commentaires Récents