Une pièce mécanique

Publié le par Mains d'Oeuvres

La dernière création de Mille Plateaux Associés / Geisha Fontaine et Pierre Cottreau est une pièce qui réunit sur scène deux danseurs et un corps de ballet...mécanique :


Une pièce mécanique



Qu’est-ce que la danse ? La fameuse Loïe Fuller affirmait : « c’est le mouvement».

"Une pièce mécanique" est une histoire de présences, celle de deux danseurs, Alexandre Da Siva et Simon Nemeth, et d’un corps de ballet composé d’objets mobiles. Leibniz prétendait que nous sommes des automates dans les trois-quarts de nos actions ! Danseurs et objets sont ici sujets et matières de la danse, indispensables, actifs, prêts à toutes sortes de transformations.
Un corps de ballet fait son entrée en scène et constitue un gigantesque mécanisme. Cette horloge démesurée déclenche des diagonales, des unissons, des canons, des sauts, des étirements de ressorts métalliques, des glissades de boîtes et de pistons, des déboulés de vis et de chevilles, des tours, et des tours de roues dentées. Les passages entre l’humain et ce qu’il produit créent un dispositif poétique, une véritable danse de la matière. Mais cette machinerie est une histoire humaine : un sourire, un tombé ou une inclination peuvent la pervertir.


L’enjeu de cette proposition atypique a été de confronter la présence de deux danseurs à celle d’objets qui dansent – ces objets étant au nombre de vingt-cinq. Confronter l’écriture chorégraphique à une création plastique conçue par l’artiste Dominique Blais. Enrichir la fonction de l’interprète, élément fondateur du « spectacle vivant », dans ce face à face avec les objets, grâce aux nouvelles technologies.

Les enjeux esthétiques



Si, comme l’affirmait la danseuse Loïe Fuller, « la danse, c’est le mouvement », les déplacements et les mouvements des objets créent une forme de danse qui leur est propre, bien que conçue par des humains.

L’originalité du projet est de créer un univers plastique et sonore où vingt-cinq « objets-danseurs » occupent progressivement tout le plateau en concrétisant une chorégraphie complexe. Ces objets mobiles sont les personnages et créent un monde qui enveloppe de plus en plus les deux danseurs. L'humain se métamorphose au contact des mécaniques qui absorbent son énergie. L’enjeu est de détourner le processus de composition chorégraphique en l’appliquant simultanément aux objets et aux danseurs. Vivants et objets participent d’une même écriture.

Les objets sont de véritables sculptures scéniques. S’ils ne sont pas anthropomorphes, ils n’excluent pas une dimension du vivant ; ce sont des objets qui respirent, en quelque sorte. Un travail sur l’illusion, sur l’art du simulacre associé aux arts de la scène trouble les conditions de la représentation en confrontant les danseurs à des gestes non « auratiques ».

Leibniz prétendait que nous sommes des automates dans les trois-quarts de nos actions. En tout cas, le rapport du sujet humain à l’objet qu’il crée est souvent ambigu - l’art s’empare résolument de cette ambiguïté.


La composition
Une pièce mécanique active une mathématique rigoureuse pour créer une multitude de rapports entre les deux danseurs et les objets danseurs. Les formes mobiles qui font leur entrée en scène sont munies d’un dispositif de diffusion sonore qui permet une spatialisation complexe de la composition musicale.

L’espace
L’espace est un partenaire majeur de la pièce. Il permet d’inscrire des lignes de force et des rapports de distance pour faire résonner les emplacements, les déplacements, les espacements. Une géométrie articule la proposition plastique, dans l’établissement de règles de construction qui intensifient la mise en place des objets.

Les objets danseurs



L’univers visuel des objets s’articule sur la binarité noir / blanc. Ces pièces mobiles produisent des effets optiques et jouent de leurs apparitions et disparitions dans une scénographie noire et épurée. Ils envahissent progressivement la scène et, dans un mouvement perpétuel, dessinent une mosaïque en deux tons. Certains objets sont uniques, d’autres fonctionneront par paire, trio ou quatuor. Il y a aussi un sextuor.
 
Les objets, véritables sculptures scéniques sonores, composent aussi un orchestre de trente musiciens dont Damien Poncet a composé la partition. C’est une danse de la matière et du son, du noir et du blanc. La numérisation des données se confronte à la dimension du vivant.

Quelques personnages :

Les trois rotoreliefs – Aimé Godard, Witold Granovitch, Pier Huck




La vrille – Odile Taglioni



Louise la Limande




Cette pièce tente un état particulier de temps et d’espace. Les sculptures semblent plus virtuoses que les danseurs, dont la présence est plus insaisissable qu’affirmée.
Le parti-pris consiste à revendiquer une délicatesse de jeu et à privilégier un état de disponibilité. Danseurs et sculptures s’agencent avec un certain humour ; mais ce dernier est presque en creux. Délaissant le « bling bling », la construction associe la force plastique des objets, qui équivaut à une forme de revendication, à une perte de repères pour les danseurs. Il s’agit peut-être d’un état actuel du monde. Allez savoir !




Conception et chorégraphie : Geisha Fontaine, Pierre Cottreau
Interprétation : Alexandre Da Silva, Simon Nemeth
Création plastique : Dominique Blais
Conception sonore : Damien Mingus
Lumières : Arnaud Koseleff • Régie générale : Charles-Edouard Maisonabe
Programmation informatique : David Olivari, Stéphanie Le Fresne
Réalisation des objets : Matthieu Audejean, Delphine Dupuy, Charles-Edouard Maisonabe




Tout savoir sur Mille Plateaux Associés




Geisha Fontaine

Chorégraphe et théoricienne de la danse, elle est d’abord danseuse au théâtre du Capitole de Toulouse et découvre ensuite la danse contemporaine à New York, auprès de chorégraphes comme Merce Cunningham et Alwin Nikolaïs. De retour en France, elle fonde le « Centre de danse contemporaine Le Dansoir » à Toulouse et danse pour diverses compagnies (Karine Saporta, Jean-Marc Matos, etc.). Très marquée par l’enseignement du japonais Hideyuki Yano, elle entreprend ensuite ses propres recherches artistiques. En 1998, elle fonde Mille Plateaux Associés avec Pierre Cottreau et crée plusieurs spectacles, notamment LEX, qui a été diffusé dans de nombreux festivals, et Je ne suis pas un artiste, un feuilleton chorégraphique de douze heures sur la notion de beau.
Docteur en philosophie de l’art à l’université Panthéon Sorbonne en 2002, elle publie Les Danses du temps aux Éditions du Centre National de la Danse en 2004. Elle participe à plusieurs ouvrages collectifs, notamment aux Éditions du CNRS, écrit dans diverses revues (Kinème, Mouvement, Autrement, Nouvelles de danse, etc.), et anime des ateliers de danse associant la pratique et la théorie. Elle est actuellement écrivain en résidence à micadanses. Elle est également membre de Praticables, projet réunissant des chercheurs et des artistes autour des nouvelles technologies, à l’initiative de l’Université de Valenciennes.


Pierre Cottreau
Diplômé de la FEMIS, il est d’abord réalisateur et directeur de la photo. Il collabore à plusieurs longs-métrages, notamment avec Stephen Frears. Il participe aussi à un programme de recherche vidéo autour de Assai impulsé par Dominique Bagouet et Charles Picq, et commence à se questionner sur les liens possibles entre l'image filmée et la danse.
Formé également en histoire de l’art, il s’intéresse aux démarches des plasticiens. Collaborant avec Geisha Fontaine depuis la création de Mille Plateaux Associés, il conçoit avec elle les différents projets chorégraphiques de la compagnie. En 2000, il réalise Millibar, film évolutif qui se transforme au fil du temps et se décline sous des versions successives (Millibar 2003, Millibar 2007).

Et aussi...

Dominique Blais
Dominique Blais vit et travaille à Paris. Au confluent des arts plastiques et sonores, son œuvre explore les seuils de la perception visuelle et auditive. Reposant sur un ensemble de polarités – visible/invisible, audible/inaudible, lumière/obscurité, bruit/silence, son travail convoque particulièrement la mémoire et l'imaginaire du spectateur. Dominique Blais est représenté par la galerie Xippas, Paris-Athènes.


Alexandre Da Silva
Parallèlement à ses études de lettres modernes, il se forme au conservatoire de danse de Formé au CNDC d’Angers, Alexandre Da Silva danse avec Hervé Koubi sur la pièce 4'30. Il participe parallèlement au projet Bandes passantes initié par Manolie Soysouvanh ainsi qu'au projet Ovo dirigé par Jonathan Schatz. Il travaille actuellement avec la compagnie Wejna pour le projet Rezo et Mille Plateaux Associés qu'il a rejoint pour la reprise de Je ne suis pas un artiste.

Simon Nemeth
Après une formation au Conservatoire puis au Centre national de danse contemporaine d'Angers, Simon NEMETH danse dans les compagnies de Jean-Claude Gallotta, Richard Nadal, Christian Bourigault, Geisha Fontaine et Pierre Cottreau. Il développe parallèlement des projets personnels.

Damien Mingus
Damien Mingus est un musicien touche-à-tout, parisien, qui s'investit dans plusieurs projets musicaux  (le groupe Centenaire, le groupe d'improvisation Section Amour, son projet solo My Jazzy Child). Déjà présent pour Je ne suis pas un artiste, Damien continue son chemin avec Mille Plateaux Associés en composant la musique de cette pièce mécanique.


Une pièce mécanique a été présentée les 19 et 20 mai 2009 dans la cadre d'Avis de turbulences #4• une programmation Etoile du Nord Hors les Murs


Coproduction CDC/Biennale de danse du Val-de-Marne, Centre National de la Danse – Pantin (résidence de création), Ville de Champigny-sur-Marne, DICReAm, Mille Plateaux Associés
Avec l’aide de L’ADAMI
Avec le soutien de Conseil général du Val-de-Marne, du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Mains d’Œuvres (Saint-Ouen), micadanses (Paris), l’Étoile du Nord (Paris)
La compagnie est en résidence longue à Mains d’Œuvres et à micadanses et reçoit l’aide au fonctionnement du Conseil général du Val-de-Marne.


Et encore:

Lire : Corps engagés : dialogue entre GEisha FOntaine et Annabelle BOnnéry dans le n°50 de la revue Mouvement

Archives : Je ne suis pas un artiste

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