!Kung, solo • Eléonore Didier

Publié le par Mains d'Oeuvres

Eléonore Didier prépare actuellement sa dernière pièce, !Kung solo, qui pourra être découverte en janvier. Une longue histoire à l'origine de ce projet, suivez le fil de la naissance de ce projet...

!Kung solo

« Le pirate ne se déplace pas tout à fait dans le même espace et le même temps que les nôtres. Il occupe des carrefours où s’entrecroisent les lignes de notre rationalité et d’autres lignes dont les équations nous échappent. »
Les Pirates, Gilles Lapouge


! Kung solo s’intéresse à l’œil du pirate. Les notions de disparition, de surface et  d’infini en sous-tendent le fil. La pièce existe avant l’arrivée du spectateur et continue après son départ. Car ce qui se produit, c’est la réalisation du voir plutôt que l’objet, des actions qui s’offrent aux imaginaires, une structure qui ressemble à la nature d’une pensée, un corps sobre et dévoilé par la force libératrice de la pesanteur.




© Camille Muret
 
!Kung solo vu par Eleonore Didier

!Kung solo vient aboutir un long processus de maturation, initié en juillet 2006 avec la recherche Paris,Possible.

Pendant six mois, d'abord, j’ai travaillé une journée par semaine, seule, sans intention d’accumulation. C’est l’endroit du désir et de la féminité que j’interrogeais de manière régulière et obstinée. Je recherchais la danse d’un corps ordinaire en prise avec la réalité d’une vie urbaine. Quelle place y fait-on à notre corps ? de quelle manière le vit-on ? comment le rêve-t-on ? et dans ce contexte, qu’en est-il de la féminité ?

Il m’a fallu défaire.

Les notions de disparition, de surface et d’infini sous-tendaient le fil de ces explorations. De chacune de ces journées de travail émergeaient une durée, une forme, une pensée, pendant que des liens évidents se tissaient d'une séance à l'autre. Une recherche photographique cohabitait avec le travail chorégraphique, certaines bribes de ces pensées se trouvant figées en images.

Ensuite, j’ai travaillé encore sept mois dans un dispositif élargi, notamment en intégrant un (1) observateur et du même coup, la notion d'un public et d'un partage. L’objectif était d’approfondir la notion de solitude comme compagne et d’aller plus loin dans l’exploration des matières, des états de corps, de la relation avec l’espace du studio et du rapport au temps, découverts pendant la première période. Plus de trente représentations ont eu lieu, pendant 7 mois, chaque lundi matin, à Point Ephémère. La performance confrontait l’interprète à la forme crue d’un possible solo. Le temps y était réel, sans peur du vide. L’espace-temps appellant à la réflexion et à la méditation. Paris,Possible a agi sur le spectateur par pénétration, l’invitant à l’expérience du regard dans un espace-temps parfois profond, parfois aplani. 




© Akatre
 
Troisième étape, !Kung solo marque un aboutissement de ce long et nécessaire cheminement. L’écrire, c'est détacher cette matière de l’intimité de son contexte d’émergence, un endroit à l’envers de toute économie, et la garder intacte. Pour cela, il a fallu utiliser les artifices de la manipulation et de la mutilation. Le travail a consisté à faire voler en éclats, pour le recomposer avec fidélité, ce qui a été découvert : les matières, les états de corps, la relation avec l’espace du studio et le rapport au temps. Ce travail de transpositions et e réinterprétation nousa amenées à questionner et nommer l’écriture chorégraphique (le langage de ce corps), la scénographie (la relation de ce corps avec son environnement, son engagement, sa politique) et le vêtement (son abri).
 
Un petit appareil photo sur pied est posé dans l’espace et la danseuse se livre à une activité de prises de vue. Elle fait des images dans lesquelles elle vient poser. Pose, clic, pause. C’est un jeu savoureux, une pratique solitaire. Le cliché ne se matérialise pas dans l’espace de représentation, l’image appartient à chacun. Le spectacle, c’est personnel. !Kung solo se déploie en une écriture en creux et en interstices, offre des espaces entre, calibre une distance. Il s’agit de faire de la place au spectateur. Par sa forme d’écriture, le solo accompagne chacun dans une histoire personnelle. Il prend en compte chaque spectateur depuis son endroit, lui ménage un espace confortable, mais exige de lui son regard.
 
La dynamique temporelle de ce projet se laisse dévoiler par le changement et la transformation de la matière. La notion de durée est l’un des matériaux d’écriture, le temps n’est pas mon ennemi. La danseuse est occupée par des actions, des intentions et des directions, le trajet ciselé de son geste ouvre des espaces, dilate le temps pour produire des instants d’éternité. Le Paradoxe de Zénon m’intéresse pour sa manière d’envisager l’espace-temps, le mouvement. En permettant au tracé d’une flèche d’ouvrir une infinité d’espaces, le philosophe propose une dimension spatio-temporelle différente de celle que nous percevons. Il envisage un terrain d’abstraction, à l’endroit même du terrain de jeu favori de la matérialité du corps. C’est en frottant la matière à ce paradoxe que je peux définir la nature de l’abstraction du corps de ce solo. Car je souhaite que ce travail questionne la danse contemporaine occidentale dans sa relation avec l’abstraction et la spiritualité, à la recherche d’insoutenables caresses de réalité. 





Matières temps


©Jiska Morgenthal

(minute 37)
un seul mouvement pour se glisser sur le rocher
vent tiède dans les arbres
le vent souffle, ploie les branches, caresse les feuilles, les plantes des pieds
le gentil tourbillon qui apaise l’enfant sauvage vient caresser la plante de nos pieds
T  I  M  E
un seul mouvement pour glisser hors de l’eau
échouer sur le rocher une vague et le rocher
une falaise. au bord du précipice
un corps un vide
un corps une chute
T  I  M  E
un seul mouvement pour glisser hors de l’eau
échouer sur le rocher une vague et le rocher
une falaise. au bord du précipice
un corps un vide
un corps une chute

le corps chute tout en bas sur le chemin et l’emprunte
emprunte ce chemin. tout au centre du corps le chemin est continu
continu le long du mur
longe les murs
comme se fondre encore dans le paysage, longe les murs c’est déjà être caché dans ses pensées



Eléonore Didier et son équipe...


© Eléonore Didier

Eléonore Didier débute en 1991 avec la compagnie Corte Sconta à Milan. Elle danse ensuite dans différentes compagnies, parmi lesquelles ses rencontres avec le travail de Bob Wilson, Carlota Ikeda et Pierre Droulers la marqueront.

En 2000, Eléonore amorce un travail d’auteur. À Lisbonne, où elle est alors installée, elle crée avec Jiska Morgenthal le duo Xeira. Puis en 2001, la pièce Izur Vagabund, pour cinq danseurs, subventionnée par le Ministère de la Culture Portugais et Porto-Capitale Européenne de la Culture. Vient ensuite une série de soli pour trois danseuses, produits et créés au Centro Cultural de Belem à Lisbonne (2004). En 2005, toujours au Centro Cultural de Belem, son solo Solides,Lisboa marque une étape dans l’élaboration de son langage chorégraphique et induira la nécessité de répéter l’exercice du solo.

Les notions de pensée et d’émotion constituent les deux axes qui articulent sa danse et particularisent son adresse au spectateur. Les derniers travaux d’Éléonore empruntent sans doute un sentier similaire à celui du fantasme sexuel qui matérialise des pensées par des images.

Eléonore revient à Paris en 2005. Elle réalise en novembre 2006 le projet photo-choré-graphique impostures au CNDC d’Angers. À Point Ephémère, elle propose la performance Paris,Possible, d’une durée de 100’, une fois par semaine de janvier à juillet 2007, pour un spectateur. Artiste résidente à Mains d’Oeuvres depuis septembre 2007, elle y a présenté en mars 2008 la recréation de Solides,Lisboa qui a depuis tourné en France, Belgique et Roumanie; elle y présentera !Kung sol en janvier.

Eléonore cherche actuellement à se « désajointer » de son travail pour se positionner autrement. Ainsi, elle finalise le solo laiSSeRVenIR en le transmettant à la danseuse Mathilde Lapostolle, avec qui elle continue de travailler pour !Kung solo.

Ses prochains projets : un spectacle documenté sur le protocole de soin de la toilette pour une danseuse et une infirmière ; une prochaine pièce de groupe initié à l’occasion de la recherche Moi, mes copines et l’instant où ça s’arrête (Micadanses, juillet 2008)…


-

Mathilde Lapostolle


Mathilde se forme au Conservatoire National de danse d'Avignon, puis au Centre National de Danse Contemporaine d'Angers -L'Esquisse. Elle fait ses premiers pas professionnels avec João Fiadeiro pour lequel elle interprète plusieurs créations. À Lisbonne, elle rencontre aussi le travail de Paulo Ribeiro pour Azul esmeralda, et de Vera Mantero pour Uma Rosa de Musculos.

En 1995, elle intègre la compagnie de Josef Nadj en reprenant un rôle dans Canard pékinois et plus tard dans Comedia tempio. Elle dansera aussi dans les créations : Les commentaires d’Habacuc, Les veilleurs, Pour un salut, Poussière de soleils, Asobu dont la première aura lieu à la Cour d'honneur du 60éme festival d'Avignon. En 2000, Mathilde participe à des projets dirigés par Boris Charmatz, à Rennes, il en résulte Héâtre ELEVISION une installation vidéo.

Au Festival d’Avignon, en 2001, dans le cadre du Vif du Sujet, elle interprète Tampopo, un solo chorégraphié par Carlotta Ikeda. Puis continue avec la compagnie Ariadone de Carlotta Ikéda et tourne depuis 2008 Uchuu cabaret et Sora no ao.
Elle crée en 2003, avec Cynthia Phung-Ngoc, Nava, un projet présenté à Saint Jacques de Compostelle. En 2007 elle collabore au projet A quoi je tiens à l’occasion d’un solo chorégraphié par Johan Amselem.

Elle chorégraphie son premier spectacle solo Capitaine Nèfle, accompagnée de Nuno Olim pour la scénographie et les dessins vidéo, Nuno Rebelo et Marco Franco pour la musique originale. Elle crée Vishne Suyo en 2005, un nouveau solo sur une musique originale de Nuno Rebelo et une scénographie de Nuno Olim. Cette année-là, elle obtient le Diplôme d’Etat en Danse contemporaine. Elle crée un troisième solo Tumbleweed, à Micadanses à Paris, en mai 2009. En 2009, elle collabore avec Eléonore Didier pour les solo LaiSSeRVeniR et !Kung solo.



Gisèle Pape
-
Gisèle Pape a suivi l'enseignement cinématographique de l'Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière (2002-2005), en section image. Elle exerce le poste de directeur de la photographie sur des courts-métrages et des documentaires et réalise des films expérimentaux (Atalodz, 2005).

Dès la fin de son école, elle s'intéresse à la coexistence et la confrontation entre les images et les présences réelles, ce qui la pousse à créer ou participer à des performances mêlant vidéos, film et personnes réelles. Elle commence à travailler la lumière de spectacle vivant par le biais du concert, avant d'aborder la danse. Elle travaille pour les cies Uzumé et en hip hop,  avec Choream et  Magali Duclos. Elle fait la création lumière et vidéo pour le théâtre également. Elle collabore déjà avec Eleonore Didier pour la pièce LaiSSeRVeniR en mai 2009.


Camiel Muret
-
Après des études en Arts Appliqués, Camille Muret se forme en scénographie à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Ensuite, elle assiste notamment Pascal Rambert sur la création de Pan, opéra de Marc Monet, interpété à l'IRCAM, les frères Berger pour la conception de modules micro architectures pour le 104 et Masha Makeieff et Jérôme Deschamps pour Tati, soirée Play Time. Elle collabore également à de différents projets d'équipement cuturel en salles de spectacle. Depuis 2003, elle participe à la conception de la scénographie de plusieurs productions de théâtre comme Dickie, un Richard III d'après Shakespeare de Joel Jouanneau, La répétition des erreurs de Marc Feld, Little boy de Chritophe Rouxel, Voilà de Florence Georgetti et, plus récemment, elle est assistante déco de Raymond Sarti sur Quand la ville mord, un film de Dominique Cabrera.

Sophie Bocquet

-

Sophie se forme en danse classique et contemporaine au conservatoire de La Rochelle, et ensuite avec Karin Waehner, Pierre Doussaint, Jacques Patarozzi, Dominique Dujinski, Jean Gaudin. Interprète dans différentes compagnies de danse dont CFB 451, pour laquelle elle danse plusieurs créations. Des rencontres marquantes avec les metteurs en scène comme Bruno Lajara, Guillaume Gatteau, Frédéric Maragnani, Frédéric Fisbach, lui ont permis d’approcher des écritures contemporaines: comme celles de Noëlle Renaude, Philippe Minyana, Roland Fichet, Christophe Martin.
Elle crée en 2008 la Cie SB, après la création de la pièce Golden Girl. L’articulation entre la danse et le théâtre est au coeur de son travail d’écriture. Elle crée son deuxième projet, Slim en août 2009.  Elle assiste Eléonore Didier pour la reprise de rôle.


Alix Descieux
-

Alix Descieux est née en 1988 et vient d’obtenir son diplôme des métiers d’art (DMA)–costumier, au lycée La Source à Nogent-sur-Marne. Elle envisage son métier dans la diversité des langages du spectacle vivant. Elle travaille pour le théâtre, pour le théâtre de rue, pour la comédie musicale pour l’opéra-rock Mozart. La danse, c'est d’abord à l’occasion du défilé d’ouverture de la coupe du monde de rugby La mêlée des Mondes chorégraphié par Philippe Decoufflé. Au cinéma, elle est chef costumière et habilleuse sur plusieurs films.


___________________________________________________




!Kung solo a été présenté les 12 et 13 janvier 2010
dans le cadre de







Tout le programme du festival sur www.faitsdhiver.com


Le festival en images...



Conception et chorégraphie \ Éléonore Didier
Interprété par Mathilde Lapostolle
Assistante à la reprise de rôle \ Sophie Bocquet
Scénographie \ Camille Muret avec la participation d'Akatre 
Création lumière \ Gisèle Pape 
Costumière \  Alix Descieux
 
Production Dépose Incorp.\ coproduction CDC-Biennale de danse du Val-de-Marne et Micadanses, Festival Faits d’Hiver–danses d’auteurs \ avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île de France – Ministère de la Culture et de la Communication et du Conseil général de la Seine Saint Denis \ créé en résidence d’accueil création à Mains d’Œuvres \ avec le soutien de l’Atelier de Paris -Carolyn Carlson\ résidence à Danse à tous les étages ! (Rennes)



Mains d'Œuvres remercie le Festival Faits d'hiver pour la confiance témoignée à nos artistes depuis 5 ans* !
*artistes précédemment présentés : Kataline Patkai (2006), Mille Plateaux Associés (2007), Cindy Van Acker (2008), Perrine Valli (2008).


 

** EN SAVOIR PLUS SUR ELEONORE DIDIER...

** La presse et les blogguers en parlent...

Sur Paris, possible
Sur !Kung,solo

Eléonore Didier sur le site de Mains d'Œuvres


En savoir plus sur les artistes résidents et leurs projets ...



Publié dans Nous avons aimé...

Commenter cet article