Mardi 14 août 2007
Je ne suis pas un artiste,
…ou le temps de l’artiste
Angela Conquet*

Et voilà qu’ils l’ont fait. Et voilà qu’ils nous ont demandé de nous arrêter, ensemble, avec eux, pendant 12 heures, pour assister à la recherche du plus beau mouvement. Toute une nuit.
Toute une nuit ?! Pour voir des artistes ? De la danse en plus ? Déjà qu’on a du mal avec les spectacles d’une heure ou deux, alors 12 heures, n’en parlons plus !?
Et comment sait-on que ça vaut vraiment le coup. ?
Voyez-vous, on ne gaspille pas comme ça une nuit de notre vie. On n’a peut-être pas le temps…Parce que le temps, comprenez-vous, c’est tellement précieux, tellement rare, qu’on ne l’accorde pas à n’importe qui.
Mais voilà, nous avions là une kyrielle d’artistes qui nous invitaient à traverser la nuit avec eux. Qui nous lanceait un jeu en plusieurs épisodes de quête de la beauté ; celle du corps, du mouvement, de l’instant.
Sacrées artistes qui inlassables épuisent leurs corps pour nous enchanter de leurs plus belles danses, nous qui n’avons jamais le temps, nous qui sommes passés du coté de l’utile et de l’efficace, nous qui planifions la moindre minute dans nos agendas surchargés, nous qui mendions l’éternité… Et voilà que quelques vrais-faux saltimbanques se sont donné /nous ont donné le temps de nous émerveiller de leur plus beau mouvement, leur plus belle danse, leur plus beau souffle, de leur art, tout simplement.
N’ayez crainte, il n’y a aucun doute, au bout de la nuit, vous l’avons vu, le plus beau mouvement de tous les temps. Mais ne rêvez pas, ça n’a duré qu’un court instant – car la danse n’est que saugrenu savoir de la disparition. Facétieuse astuce pour subvertir les règles du temps. Mais finalement, aussi bien payons-nous tous ces grands fadas un peu sacrés pour racheter la mort de nos gestes , pour nous redonner notre petit bout d’éternité égaré dans un coin de nos agendas ?..
Mais ça, c’est une autre histoire…

"Tout dernièrement, excellent public, je blâmais dans une discussion certaines choses comme laides et j’en approuvais d’autres comme belles, lorsque quelqu’un m’a jeté dans l’embarras en me posant cette question sur un ton brusque : « Dis-moi, d’où sais-tu quelles sont les choses qui sont belles et celles qui sont laides ? Voyons peux-tu me dire ce qu’est le beau ? ». Et moi, pauvre ignorante, j’étais bien embarrassée et hors d’état de lui faire une réponse convenable. Aussi, en quittant la compagnie, j’étais fâchée contre moi-même, je me grondais et je me promettais bien, dès que je rencontrerai quelque savant, de l’écouter, de m’instruire et d’approfondir le sujet. Cette nuit vient fort à propos. Cherchons au juste ce qu’est le beau, mais plus encore ce qui devrait nous concerner davantage, le beau mouvement. Tâchons de répondre avec toute la précision possible. Il semble même que le beau mouvement ne suffise point. Le plus beau mouvement est la question cruciale, ce qu’il nous faut poursuivre, ce que je dois trouver. Avec cette aimable et savante compagnie, ici rassemblée, il me sera facile de l’apprendre afin que je ne m’expose plus au ridicule de ma pitoyable ignorance."
Platon (légèrement adapté) – Hippias majeur

Pour la petite histoire:
« Je ne suis pas un artiste » est un spectacle d’une durée de douze heures imaginé par Geisha Fontaine et Pierre Cottreau (Compagnie Mille Plateaux Associés) qui vise à
proposer une expérience du temps aux interprètes comme aux spectateurs. Il est conçu
comme un feuilleton chorégraphique et en emprunte les codes : épisodes, résumés,
génériques... Il s'agit de s'emparer de la notion de « beau mouvement » à travers de multiples péripéties. De nombreux invités, artistes ou pas, participent à cette odyssée. Tous ces corps cherchent le beau. Et au moment où l’on ne s’y attend peut-être plus, au bout de la nuit, on arrive à l’évidence des corps sur la scène, pris dans la temporalité d’une nuit blanche, présents face à d’autres corps – là est peut-être la beauté. Ne pas vouloir s’endormir trop tôt, comme les enfants qui résistent chaque soir. Associant la danse, la vidéo, la chanson et la musique vivante, cette création interroge la place de l'art dans la société d'aujourd'hui, et plus particulièrement de la danse et des
images qui s'y rattachent.
"Je ne suis pas un artiste" a été présenté en première par Mains d’Œuvres et le Festival Faits d’Hiver en janvier 2007. Il a réuni plus de 20 artistes danseurs et musiciens et une quarantaine de « non » artistes, des amateurs passionnés qui ont joué le jeu et ont accepté de participer à cette aventure exceptionnelle.
Revoir ce spectacle
en janvier 2008 dans le cadre du festival ArtDanThé au Théâtre de Vanves.
Lire aussi...
la chronique d'un spectateur pas comme les autres,
Tadorne, sur :
http://www.festivalier.net/article-5670096.html
*Angela Conquet s'occupe de la danse à Mains d'Oeuvres
**Photos © Delphine Micheli (avec François Chaignaud, Albane Aubry, Annabelle Pulcini et Wendy Cornu, Vincent Druguet)
…ou le temps de l’artiste
Angela Conquet*
Et voilà qu’ils l’ont fait. Et voilà qu’ils nous ont demandé de nous arrêter, ensemble, avec eux, pendant 12 heures, pour assister à la recherche du plus beau mouvement. Toute une nuit.
Toute une nuit ?! Pour voir des artistes ? De la danse en plus ? Déjà qu’on a du mal avec les spectacles d’une heure ou deux, alors 12 heures, n’en parlons plus !?
Et comment sait-on que ça vaut vraiment le coup. ?
Voyez-vous, on ne gaspille pas comme ça une nuit de notre vie. On n’a peut-être pas le temps…Parce que le temps, comprenez-vous, c’est tellement précieux, tellement rare, qu’on ne l’accorde pas à n’importe qui.
Mais voilà, nous avions là une kyrielle d’artistes qui nous invitaient à traverser la nuit avec eux. Qui nous lanceait un jeu en plusieurs épisodes de quête de la beauté ; celle du corps, du mouvement, de l’instant.
Sacrées artistes qui inlassables épuisent leurs corps pour nous enchanter de leurs plus belles danses, nous qui n’avons jamais le temps, nous qui sommes passés du coté de l’utile et de l’efficace, nous qui planifions la moindre minute dans nos agendas surchargés, nous qui mendions l’éternité… Et voilà que quelques vrais-faux saltimbanques se sont donné /nous ont donné le temps de nous émerveiller de leur plus beau mouvement, leur plus belle danse, leur plus beau souffle, de leur art, tout simplement.
N’ayez crainte, il n’y a aucun doute, au bout de la nuit, vous l’avons vu, le plus beau mouvement de tous les temps. Mais ne rêvez pas, ça n’a duré qu’un court instant – car la danse n’est que saugrenu savoir de la disparition. Facétieuse astuce pour subvertir les règles du temps. Mais finalement, aussi bien payons-nous tous ces grands fadas un peu sacrés pour racheter la mort de nos gestes , pour nous redonner notre petit bout d’éternité égaré dans un coin de nos agendas ?..
Mais ça, c’est une autre histoire…
"Tout dernièrement, excellent public, je blâmais dans une discussion certaines choses comme laides et j’en approuvais d’autres comme belles, lorsque quelqu’un m’a jeté dans l’embarras en me posant cette question sur un ton brusque : « Dis-moi, d’où sais-tu quelles sont les choses qui sont belles et celles qui sont laides ? Voyons peux-tu me dire ce qu’est le beau ? ». Et moi, pauvre ignorante, j’étais bien embarrassée et hors d’état de lui faire une réponse convenable. Aussi, en quittant la compagnie, j’étais fâchée contre moi-même, je me grondais et je me promettais bien, dès que je rencontrerai quelque savant, de l’écouter, de m’instruire et d’approfondir le sujet. Cette nuit vient fort à propos. Cherchons au juste ce qu’est le beau, mais plus encore ce qui devrait nous concerner davantage, le beau mouvement. Tâchons de répondre avec toute la précision possible. Il semble même que le beau mouvement ne suffise point. Le plus beau mouvement est la question cruciale, ce qu’il nous faut poursuivre, ce que je dois trouver. Avec cette aimable et savante compagnie, ici rassemblée, il me sera facile de l’apprendre afin que je ne m’expose plus au ridicule de ma pitoyable ignorance."
Platon (légèrement adapté) – Hippias majeur
Pour la petite histoire:
« Je ne suis pas un artiste » est un spectacle d’une durée de douze heures imaginé par Geisha Fontaine et Pierre Cottreau (Compagnie Mille Plateaux Associés) qui vise à
proposer une expérience du temps aux interprètes comme aux spectateurs. Il est conçu
comme un feuilleton chorégraphique et en emprunte les codes : épisodes, résumés,
génériques... Il s'agit de s'emparer de la notion de « beau mouvement » à travers de multiples péripéties. De nombreux invités, artistes ou pas, participent à cette odyssée. Tous ces corps cherchent le beau. Et au moment où l’on ne s’y attend peut-être plus, au bout de la nuit, on arrive à l’évidence des corps sur la scène, pris dans la temporalité d’une nuit blanche, présents face à d’autres corps – là est peut-être la beauté. Ne pas vouloir s’endormir trop tôt, comme les enfants qui résistent chaque soir. Associant la danse, la vidéo, la chanson et la musique vivante, cette création interroge la place de l'art dans la société d'aujourd'hui, et plus particulièrement de la danse et des
images qui s'y rattachent.
"Je ne suis pas un artiste" a été présenté en première par Mains d’Œuvres et le Festival Faits d’Hiver en janvier 2007. Il a réuni plus de 20 artistes danseurs et musiciens et une quarantaine de « non » artistes, des amateurs passionnés qui ont joué le jeu et ont accepté de participer à cette aventure exceptionnelle.
Revoir ce spectacle
en janvier 2008 dans le cadre du festival ArtDanThé au Théâtre de Vanves.
Lire aussi...
la chronique d'un spectateur pas comme les autres,
Tadorne, sur :
http://www.festivalier.net/article-5670096.html
*Angela Conquet s'occupe de la danse à Mains d'Oeuvres
**Photos © Delphine Micheli (avec François Chaignaud, Albane Aubry, Annabelle Pulcini et Wendy Cornu, Vincent Druguet)
par Mains d'Oeuvres
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Elucubrations...
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